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© Agathe Poupeney/Opéra national de Paris

Hasard ou coïncidence, pour la deuxième fois cette semaine, je suis invitée à un ballet à l'Opéra de Paris. Cette fois, c'est à Bastille que se joue l'événement, la première création pour l'Opéra de Paris de Benjamin Millepied, le futur directeur de la Danse. Ce talentueux chorégraphe, formé à Lyon, après un long passage à New York, nous revient, auréolé de ses succès outre Atlantique et inutile de préciser que le public parisien l'attend au tournant.

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©Charles Duprat/OnP
Cet homme de 37 ans qui flirte avec les médias people, depuis qu'il a épousé l'actrice Natalie Portmann, excite la curiosité de tous. Après la bousculade de l'entrée à l'Opéra, la représentation commence donc par une mise en bouche dans le plus pur registre de la danse classique avec le Palais de Crystal, une chorégraphie de Balanchine sur la musique cadencée de Georges Bizet. Les splendides costumes créés par Christian Lacroix ajoutent une touche brillante à cette nouvelle production. C'est beau, bien dansé mais je reste dans l'attente . Après un long entracte, le public est vraiment impatient de découvrir le travail de Mr Millepied.
Enfin le rideau se lève...???  Sur un autre rideau rayé noir et blanc, signé Daniel Buren. La salle est médusée, un silence absolu règne. Puis un carré se déploie peu à peu sur les rayures pour devenir géant et il se transforme en un gros cercle hypnotisant. Après cette minute Zen et cinétique, les yeux piquent quand l'orchestre entame la partition de Ravel. Les rayures noires s'effacent laissant deviner la scène et les danseurs.

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© Agathe Poupeney/Opéra national de Paris

Une lumière rouge balaie la scène alors que la chorégraphie se déroule désormais sur un rythme trépidant. Les danseuses telles des nymphes antiques virevoltent dans des robes fluides coloris "Nude" , les cheveux longs au vent; les danseurs en simple tee-shirt et pantalon corsaire écru ont des allures de mauvais garçons. Un souffle de liberté traverse l'Opéra Bastille et  emporte les spectateurs dans le ballet vif, aérien presque acrobatique. Millepied revisite cette oeuvre créée en 1927 en apportant sa modernité. Il respecte pourtant à la lettre le vocabulaire classique de la danse qu'il mixte avec un rythme surprenant et des portées athlétiques. J'ai la chance ce soir là de voir danser l'étoile Aurélie Dupont en Chloé,et Hervé Moreau en Daphnis, on atteint le Sublime !

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Daphnis et Chloé, Aurélie Dupont (à gauche) © Agathe Poupeney/Opéra national de Paris

L'amour de Daphnis et Chloé, la séduction de la troublante Lycénion, l'enlévement de Chloé par les pirates et l'intervention des nymphes pour réunir les deux amants , tout y est comme dans le texte de Longus ! 55 minutes dans le monde Antique version 2014, l'amour et la beauté sont  éternels, dit-on. Certains murmurent que la musique de Ravel est dure, dissonante; pour ma part je la trouve parfaite , en tension, lancinante mais forte. Traité sur un mode multicolore, le dernier tableau est tout simplement époustouflant ! Le décor de Buren, carré vert, rond rouge , rectangle jaune,losange orange, encadrés de rayures noir/ blanc soulignent parfaitement la modernité de la chorégraphie. Respect Mr. Millepied, on attend déjà les prochaines créations avec les 154 danseurs que vous allez diriger à partir d'octobre prochain.

http://www.operadeparis.fr/ Opéra Bastille du 10 mai au 8 juin 2014