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Il fut un temps, au début du vingtième siècle , où sortir sans chapeau était inconcevable. Les femmes "en cheveux" étaient mal jugées, aujourd'hui c'est l'inverse, porter un chapeau au quotidien parait incongru. Seules quelques audacieuses s'en servent d'atout séduction. En 1920 donc,Paris comptait une dizaine de "Maisons de Haute  Mode", l'équivalent des Maisons de Haute Couture, uniquement consacrées à la création de chapeaux. Parmi elles, un nom, une griffe les surpassa toutes: Madame Paulette.

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Un très beau livre, signé par Annie Schneider, la belle -fille de Madame Paulette, vient de paraitre qui retrace ce destin hors du commun.  J'ai eu le plaisir de rencontrer l' auteure à la librairie Galignani qui organisait la séance de dédicace. Annie Schneider y évoque d'un oeil espiègle , la forte personnalité de sa belle - mère, alias Madame Paulette, née  Pauline Adam de la Bruyère ,en 1900, dans une famille huppée parisienne. Grâce à ce livre qui s'appuie sur les archives familiales, on revisite le monde disparu des chapeaux dans le sillage de leur meilleure créatrice. Jeune fille bien élevée mais rebelle, Pauline de la Bruyère bravant les conventions de son milieu social,  décide à vingt ans à peine, de travailler dans le monde de la Mode.

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Elle débute en 1919, comme mannequin puis devient première vendeuse avant d'oser lancer sa griffe de chapeaux en 1923 sous un prénom au gôut de l'époque : Paulette . Premiers succès, premières clientes du gotha internationale, son ascension est fulgurante. A la veille de la seconde guerre , en mars 1939, elle emménage dans de sompteux locaux, av- Franklin Roosevelt, décoré par son cher ami Christian Bérard. Malgré l'occupation allemande, Paulette continue son activité et adapte ses créations aux circonstances . Son premier coup de génie en 1941: le turban.

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© Richard Avedon, turban de Paulette 1948

Les parisiennes s'en emparent  dès 1942, Simone de Beauvoir en tête, car il est idéal pour la bicyclette et les pénuries de coiffeurs. Le monde entier suivra... Dans l'immédiat après-guerre, la Haute Couture renait et les chapeaux de Paulette font fureur. Les élégantes lui  en commandent par dizaine; La grande Dame chapeaute toute la planète de Buenos Aires à Washington , de Londres à Paris. Femme moderne, elle gère son entreprise, exporte et crée à la ville comme à l'écran.C'est l'âge d'or du chapeau, Plus de 3500 clientes !

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©William Klein, création pour Saks Fifth Avenue N.Y.

Mais la mode des bibis s'étiole dans les années soixante. Madame Paulette continue pourtant à créer tant pour le cinéma que pour le théâtre et pour les femmes en vue : femmes de président, actrices ... Le fameux pill-box de Jackie Kennedy , c'est encore Madame Paulette, tout comme les chapeaux de Audrey Hepburn  dans My Fair lady. Madame Paulette fréquente toutes les célébrités, son meilleur ami est Cecil Beaton ! Son savoir-faire et sa créativité   revivent ainsi dans ce livre fort bien documenté , plein d'anecdotes savoureuses.On apprend aussi mille choses sur le métier de modiste et la fabrication des chapeaux, aujourd'hui oubliés.

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Des centaines de chapeaux griffés Paulette dorment dans les réserves de nos musées parisiens. Alors on attend avec impatience une expo- de Madame Paulette au musée Galliera?  Ou au Musée de la mode des Arts Décoratifs? On aimerait tant admirer ses merveilleux chapeaux qui racontent l'histoire d'un siècle ! 

http://www.galignani.com/

http://www.bibliotheque-des-arts.com/ 

livre relié / 160 pages - 20,5 x 30 cm / 150 illustrations dont 50 en couleur
Prix : € 35.00  

http://www.lesartsdecoratifs.fr/francais/mode-et-textile/    http://www.palaisgalliera.paris.fr/