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Jean-Baptiste Carpeaux? On connait tous son nom sans bien identifier son oeuvre.  Avec l'exposition qui débute au musée d'Orsay, on peut enfin redécouvrir  son style réaliste  et sa virtuosité. L 'expo permet de regarder  de près, ses chefs d'oeuvres qui ornent le haut des édifices parisiens. En effet, de" la Danse" perchée au fait de l'Opéra Garnier à "Flore" qui couronne le haut du Pavillon du Louvre, en passant par le groupe des "quatre parties du monde" installé dans les jardins de l'Observatoire, nous, les parisiens ne connaissions, à ce jour, que leur silhouette lointaine. C'est  donc un  réel plaisir de découvrir les détails et les dessous de leur création. En effet ,Edouard Papet, le commissaire d'expo, nous dévoile  tout le travail préparatoire: premier croquis, dessins, figurines modelées, plâtre... le travail secret de l'atelier. Trois carnets de croquis ( trop peu à mon gôut) complètent cette excursion dans l'intimité de l'artiste qui s'avère être un excellent  dessinateur mais aussi un peintre  de talent.

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Ce qui m'a sauté aux yeux, c'est le dynamisme de la sculpture de Carpeaux et la vivacité de son style totalement innovant pour l'époque, comme un instantané. Il est certain que Matisse a regardé la Danse de Carpeaux; on retrouve la même attitude et l'on apprend  aussi que Degas s'en est inspiré !

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Pourtant avant d'être le sculpteur renommé du Second Empire, rien ne prédestiner Jean-Baptiste Carpeaux au grand Art. Fils d'un maçon et d'une dentellière de Valenciennes, Jean-Baptiste est placé à 10 ans à peine, en apprentissage chez un plafonnier. L'artisan décelle vite son talent et l'oriente vers l'Académie des beaux arts de Valenciennes mais son père s'y oppose farouchement. Néanmoins comme Jean-Baptiste est de santé fragile et que la vie sur les chantiers ne lui réussit pas, son père l'autorise à étudier en section architecture. Le maçon ayant obtenu un nouveau travail à Paris, la famille s'y installe et le jeune garçon fréquente l'école gratuite de dessins. Son meilleur copain s'appelle  Charles Garnier ( futur architecte de l'Opéra de Paris). Son talent de sculpteur se révèle très vite et Carpeaux intégre à 15 ans l'atelier de Rude puis de Duret avant d'obtenir le sésame pour partir étudier à Rome. En Italie, Carpeaux le rebelle, s'oppose à la hiérarchie de l'Académie et connait un cursus mouvementé. Il se console dans les bras d'une belle italienne, "la Palombella". Dès son retour à Paris, en 1863,  Carpeaux connait une progression fulgurante et  produit Flore pour orner le nouveau Pavillon du Louvre, commandité par Napoléon III. Dans les petits papiers de l'Empereur, Carpeaux enchaine les commandes monumentales et portraiturise des dizaines de people avec un réalisme très novateur pour l'époque. Cette galerie de mondains est une des révélations de l'expo. 

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Hélas, la guerre de 1870 interrompt cette "success story" et la chute de l'Empire contraint Carpeaux à l'exil. Il part à Londres avec sa jeune épouse Amélie de Montfort et leur fils. Pourtant loin de Paris et de ses commanditaires, Jean-Baptiste dépérit, son tempérament tourmenté le pousse à la violence. Il est capable de saccager un marbre suite à une réflexion désobligeante ! Aux difficultés financières que le jeune couple traverse, s'ajoutent aussi des crises conjuguales répétées et des problèmes de santé récurrents. Carpeaux rentre en France épuisé et ruiné en 1875 et il s'éteint à Courbevoie chez son ami collectionneur, le prince Stirbey, qui l'héberge dans une maison louée pour lui, située à quelques mètres du château. Il n'a que 48 ans! La propriété du prince Stirbey abrite aujourd'hui le musée Roybet-Fould où sont conservées quelques pièces de Carpeaux données par  Louise Clément- Carpeaux  et qui témoignent de l'amitié de Carpeaux avec le prince et son épouse Valérie Simonin - Stirbey, femme de lettres et artiste.

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Goncourt écrira: " Carpeaux est le premier qui ait mis dans le bronze et le marbre la vie nerveuse de la chair ". Falguière puis Rodin, quelques mois plus tard, amplifieront  et magnifieront ce style vif et réaliste. Cette expo est un bel hommage  rendu à ce sculpteur et à sa  fulgurante carrière, un peu oubliée, il est vrai, alors que ses sculptures sont partout dans Paris depuis 150 ans. 

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Carpeaux -  24 juin - 28 septembre 2014   http://www.musee-orsay.fr/ 

http://www.ville-courbevoie.fr/culture-loisirs/equipements/musee-roybet-fould.htm