Ponte City au Bal: histoire d’un naufrage architectural

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Mikhael Subotzky & Patrick Waterhouse, ‘Ponte City’, 2008-2013 / © Magnum Photos

Allez voir une exposition au Bal, c’est déjà un petit effort pour la parisienne de base car ce lieu est excentré, situé dans une impasse donnant sur l’Avenue de Clichy; le titre de l’expo “Ponte City” m’avait pourtant  suffisament intriguée pour m’y rendre dare- dare, bravant les intempéries et les embouteillages.

L’exposition confronte plusieurs récits : données historiques, plans d’architecture, coupures de presse, lettres et une série de photographies assemblés par Mikhael Subotzky et Patrick Waterhouse; Ces divers éléments racontent la vie de la Tour gratte-ciel Ponte City érigée en 1976 à Johannesburg. Ce bâtiment utopique fut construit en 1976 au temps de l’apartheid dans le quartier chic à domination blanche; une architecture innovante, matériaux et décor de qualité, une réalisation cossue pour l’élite blanche. Mais peu à près son inauguration, c’est l’effrondement de la société sud-africaine, puis les émeutes de Soweito.Le quartier de  Ponte City est  très vite abandonné par les blancs,la zone devient synonyme de crimes; En 30 ans la tour tombe en décrépitude, habitée par un afflux massif d’immigrés des pays africains voisins. Rachetée par un promoteur immobilier en 2007, la réhabilitation complète de la Tour est entreprise pour en faire un lieu de vie chic pour la nouvelle classe moyenne. C’est alors que Mikhael Subotzky et Patrick Waterhouse interviennent et commencent leur reportage témoignage du vécu de la Tour.Hélas, Ponte City n’échappe pas à la crise mondiale et le chantier est stoppé en 2008. Les deux hommes poursuivront pendant cinq ans leur enquête, objet de l’exposition. Ils traquent toutes les traces, amassent des  dizaines d’informations et réalisent un portrait encyclopédique du batiment et de ses habitants successifs.

“Ponte City ou la malédiction” , voilà donc l’autre titre possible pour le parcours proposé au Bal. Cette exposition dossier  avec une conception à la” Sophie Calle”  est très instructive. Il s’en dégage une profonde nostalgie sur une utopie désastreuse, un raté urbanistique du vingtième siècle.

Le plus: une façon originale de découvrir cette page d’architecture.

Le moins: le catalogue superbe mais hors de prix ( 88 €) .

Ponte City,Mikhael Subotzky & Patrick Waterhouse   du  23 janvier au  20 avril 2014,

Le Bal – 6, Impasse de la Défense, 75018 – Paris

Mikhael Subotzky & Patrick Waterhouse, ‘Ponte City’, 2008-2013 / © Magnum Photos

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