Rétrospective Fontana, de la terre à la lune, du trou à la fente

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“Ma découverte, c’est le trou et un point c’est tout” déclarait Lucio Fontana lors d’une interview en 1960 mais la rétrospective organisée par le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, prouve que l’oeuvre de l’artiste est beaucoup plus complexe et riche. Fontana est inclassable et c’est ce qui fait tout l’attrait de cette exposition. 

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Cet italien , né en Argentine en 1899, s’est nourri sa vie durant de ces deux pays , deux cultures. Fils et petit-fils de sculpteur, Lucio pratique dès l’enfance dans l’atelier familial, il s’y initie à pétrir la terre. Après la première guerre mondiale, où Fontana combat dans l’armée italienne, il obtient un diplôme d’ingénieur du bâtiment à Milan puis il intégre les Beaux-arts en 1920. Ses  sculptures de ces années là sont  très académiques et il réalise plusieurs commandes monumentales, flirtant avec le fascisme de Mussolini. Ce n’est qu’en 1933, qu’il réalise ses premières céramiques polychromes avant de rejoindre le groupe Abstraction-Création fondé à Paris. En séjour à Paris, il travaille à  Sèvres et fréquente Brancusi, Miro .

 

La scénographie chronologique de l’expo retranscrit parfaitement son cheminement créatif et fait une large place à ses sculptures très diverses. On sent cette jouissance de l’artiste à triturer la matière et son besoin de couleur. Alors que ses céramiques polychromes figuratives sont baroques, populaires avec du doré, des paillettes, Fontana produit aussi, des sculptures purement abstraites… 

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De retour à Milan en 1947, après avoir passé les années de guerre en Argentine, Fontana oeuvre en totale rupture avec son passé artistique. Captivé par l’espace, il invente le spatialisme et  innove en perforant ses toiles avec ses fameux ” buchi”, des trous. Sa fascination pour la matière s’exprime sur la toile avec l’ajout de pigments, de sable, de bouts de verre pilés… mais aussi dans ses sculptures cosmiques . J’adore cette série de Concetto Spaziale des années 50, qui ressemblent étrangement aux images captées de la lune par les premiers astronautes en 1969. 20 ans avant la mission Apollo quand même ! Fontana, mort en 1968, ne les a  hélas pas vues.

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Fontana est  évidemment le précurseur de l’art conceptuel comme le montre ses chambres cosmiques et l’introduction de néons fluorescents. Au MAM,On  pénètre  dans deux installations reconstituées que Fontana a créé en 1959, Ambiante Neroune chambre noire au plafond de laquelle sont suspendues des sculptures de papier fluorescentes, et un labyrinthe blanc qui nous emmène face à une immense fente incisée dans un mur immaculé. Saisissant !

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La seconde partie de l’expo est  donc consacrée aux oeuvres emblématiques des années 60 avec les fentes sur toiles monochromes. Ces entailles sur la toile ouvrent sur une autre dimension spatiale mais révéle aussi la sensualité de l’artiste . Jouissance de la couleur, jouissance à lacérer,triturer, pénétrer la toile avec son stylet…

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Pour se reposer de l’abstraction, tous les samedis dans le secret de l’atelier milanais, Fontana dessinait des nus avec modèle vivant. PLus de 5000 dessins conservés, cachés. 3 ou 4 seulement sont exposés, dommage ! 

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Excellente surprise donc que cette rétrospective si diverse avec plus de 200 oeuvres présentées qui démontre que Fontana a ouvert les portes de l’art conceptuel; il y  apparait vraiment en chef de file de nombres d’artistes contemporains. Ne manquez surtout pas la salle vidéo avec des interviews des années soixante. Nous avons bien ri en écoutant l’un des entretiens où un journaliste ose poser cette question : ” Monsieur Fontana, commencez- vous par le trou ou la fente ?”

exposition du 25 avril au 24 août 2014 , Musée d’Art moderne de la ville de Paris

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http://www.mam.paris.fr/fr/expositions/lucio-fontana

http://www.dailymotion.com/paris_musees

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